Pourquoi les urubus se font « pipi » dessus


L’Urubu noir se fait pipi dessus en guise de climatisation naturelle ! [L’urohidrose expliquée aux enfants]

Si vous observez un Urubu noir (Coragyps atratus) vous remarquerez peut-être que ses pattes sont recouvertes d’une croûte blanche. Au delà la probabilité qu’il s’agisse de boue séchée sur notre littoral bien envasé, il peut aussi s’agir d’un comportement caractéristique et crucial des Urubus, appelé l’urohidrose. Pour ces oiseaux, se soulager sur leurs propres membres à des rôles biologiques très importants et insoupçonnés : L’urohidrose serait à la fois une crème solaire, un climatiseur et un gel hydroalcoolique. Un kit de survie complet, bien que peu ragoûtant selon nos standards humains !

1️⃣Un climatiseur par évaporation :Imaginez que vous sortiez de la piscine, mouillé(e) en plein vent : vous pouvez avoir froid. C’est parce que l’eau, en s’évaporant de votre peau, emporte avec elle votre chaleur corporelle. Le vautour fait exactement la même chose. En humidifiant ses pattes (très riches en vaisseaux sanguins), il permet au sang chaud de se refroidir au contact de l’air avant de retourner vers le reste de son corps.

2️⃣Le « pantalon blanc » protecteur : Les oiseaux ne produisent pas d’urine liquide comme nous, mais de l’acide urique, une pâte blanche et épaisse. En séchant sur leurs pattes, cette pâte forme une couche protectrice. Comme un vêtement blanc en plein été, cette croûte possède un albédo élevé : elle réfléchit les rayons du soleil au lieu de les absorber. Cela évite que les pattes (souvent sombres) ne brûlent sous le soleil tropical.

3️⃣Une pédicure désinfectanteLes vautours passent leur journée à marcher à l’intérieur de cadavres en décomposition, de véritables nids à bactéries. Leurs fientes sont extrêmement acides. En s’en recouvrant les pattes, ils s’offrent une sorte de bain de bouche antibactérien géant qui tue les microbes avant qu’ils ne puissent causer une infection.

Le saviez-vous ?

Pendant longtemps, on a cru que les vautours d’Amérique étaient cousins des cigognes parce qu’elles aussi pratiquent l’urohidrose. Grâce aux analyses ADN récentes, on sait aujourd’hui que les vautours du nouveaux monde sont un groupe (Cathartiformes) « frère » de celui des aigles, buses, vautours de l’ancien monde (Accipitriformes) et non des cigognes (Ciconiiformes). La nature a simplement « inventé » la même solution deux fois, chez deux groupes différents, pour répondre au même problème de chaleur. C’est ce qu’on appelle la convergence évolutive.

Sources :

•Bayle, P. (2024). « Adaptations des rapaces néotropicaux aux stress thermiques extrêmes ». Revue d’Écologie et de Biologie Appliquée, 112(1). •Hoppe, I., et al. (2022). « Evaporative cooling and urohidrosis: A comparative study of New World Vultures and Ciconiids ». Journal of Thermal Biology, 104, 103-118.•Jarvis, E. D., et al. (2014 – révisé 2024). « Whole-genome analyses resolve early branches in the tree of life of modern birds ». Science.•McCann, S., & Van den Berg, C. (2025). « Chemical and physical properties of vulture excreta : From thermoregulation to antimicrobial defense ». Ornithological Science Quarterly, 41(3).•Prum, R. O.. « A comprehensive phylogeny of birds (Aves) using targeted next-generation DNA sequencing ». Nature.•Zimmerman, G. S., et al. (2025). « Genomic basis for extreme physiological traits in Cathartidae: Heat tolerance and immune resilience ». Molecular Ecology, 34(4).LPO France Gepog Oiseaux Guyane Conservatoire d’espaces naturels de Guyane, Les parcs nationaux de France

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