Les interactions entre les colibris (famille des Trochilidae) et les insectes sont extrêmement fréquentes. En effet, les plantes qui sécrètent du nectar attisent aussi la convoitise d’une multitude d’autres espèces, dont une multitude d’insectes (abeilles, guêpes, fourmis, papillons, etc…)
Au cœur de cette grande colocation à ciel ouvert, on trouve le Xylocope (souvent appelée “abeille charpentière”). Entre lui et le colibri, la relation reste flou, fascinante et ambiguë, alternant entre une apparente cohabitation et des phases de conflits. L’issue d’une rencontre n’est jamais écrite d’avance. Si le colibri s’avère parfois dominant grâce à sa vitesse et à sa grande taille qui peut sembler dissuasive, le Xylocope sait pourtant lui tenir tête.
Le Xylocope voleur de nectar :
Le Xylocope possède des mandibules et des maxilles particulièrement durcies (sclérifiées). Face à une fleur trop profonde pour sa langue, il ne s’embête pas : il perce un trou directement à la base de la corolle pour siphonner le nectar. L’insecte vole le sucre sans toucher les organes reproducteurs de la plante, évitant ainsi de la polliniser.
Certains colibris en profitent :
Ce comportement a des conséquences directes sur les colibris, leur ôtant leur précieux carburant. Cependant on note qu’ils ne tombent pas dans le panneau à visiter une fleur déjà pillée mais apprennent à éviter les fleurs déjà visitées. Ils auraient la capacité de repérer la baisse visuelle du volume de nectar ou détectent les marques chimiques et olfactives laissées par le passage de l’insecte.
Malgré tout, cette interaction ne serait pas uniquement négative pour les oiseaux : les espèces de colibris à bec court, normalement incapables d’exploiter les fleurs à longue corolle tubulaire, tirent profit du « vol ». Ils adoptent un comportement de pillage secondaire : ils viennent insérer leur bec directement dans les trous percés par le Xylocope pour se nourrir sans effort. Cette supposée symbiose trouve sa limite en ce que les colibris sont capables de percer un trou par eux même. On observe la même chose avec les trous de Sucrier à ventre jaune et de fourmis.
La guerre du sucre : Une compétition stratégique et mesurée
Au-delà des seuls xylocopes, les colibris entrent en compétition directe avec une grande variété d’insectes, notamment les abeilles et les papillons. Cette lutte pour l’énergie se traduit par une territorialité féroce, mais qui semble calculée !
Tout observateur régulier de colibris a déjà assisté à des attaques physiques et des vols d’intimidation visant à chasser des intrus. Mais le colibri ne gaspille pas son énergie au hasard. Des études ont démontré que l’intensité de sa défense dépend directement des besoins énergétiques de son concurrent :
Ils adoptent une défense vigoureuse contre les bourdons, les abeilles domestiques et les grands papillons, qui consomment de grandes quantités de nectar.
Et choisissent une défense plus tolérante contre les petites abeilles, les mouches ou les petits papillons, dont l’impact sur la ressource en nectar est jugé négligeable.
Un partage de l’espace et du temps
Bien qu’on ait encore beaucoup de mal à comprendre les rouages de ces interactions, il semble se mettre en place un partage temporel et spatial des fleurs avec de nombreux comportements d’évitement des conflits afin d’économiser de l’énergie.
Il a par exemple été prouvé que si l’on retire artificiellement les colibris d’un milieu, les abeilles et les papillons modifient rapidement leurs trajectoires pour s’emparer des plantes qu’ils partageaient auparavant avec les oiseaux. Idem dans l’autre sens avec les colibris qui utilisent davantage certaines plantes lorsque avec des espèces de guêpes spécifiques, qu’ils evitent, désertent les lieux.
Chaque buisson fleuri cache ainsi un réseau d’intérêts, de vols qualifiés, de stratégie insoupçonnées et de calculs géopolitiques miniatures, dont nous ne sommes qu’aux prémisses de leurs compréhension. La nature n’a pas fini de nous surprendre !
📋Ariane vert dorée – Chrysuronia leucogaster – Xylocopa sp.
Si des entomologistes souhaitent compléter/ corriger, c’est avec plaisir qu’on écrira un article 2.0 avec leur expertise !
📖Sources :
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