Association entre un serpent et une fourmilière


Connaissez-vous le lien entre les « fourmis manioc » et ce serpent ? Ce serpent, la Diane Maculée (Leptodeira annulata) confie parfois ses œufs aux fourmis coupeuses de feuilles !

L’intérêt de pondre dans cette fourmilière :

Les fourmis du genre Atta cultivent un champignon symbiotique dans de grandes chambres souterraines. Pour ce serpent, ces structures s’avèrent être des incubateurs naturels parfaits en raison des conditions micro-climatiques maintenues par les insectes :-Le développement des champignons exige une certaine humidité, dont bénéficie les œufs de ce serpent.-L’activité métabolique combinée du champignon (décomposition des feuilles) et des millions de fourmis génère une chaleur constante. Cette température stable optimise le temps d’incubation des embryons.

Réussir à survivre au cœur d’une « armée » de millions de fourmis :

Le premier fait étonnant est que le serpent adulte arrive à rentrer dans le jardin au champignon sans être attaqué par les fourmis. Puis, une fois les œufs déposés, ces derniers restent également intacts. Les colonies de fourmis coupeuses de feuilles possèdent pourtant des soldats dotés de mandibules puissantes, qui seraient facilement capables de détruire la carapace des oeufs. Puis, une fois éclos, les jeunes serpents pourront quitter la colonie sans être agressés.

Trois facteurs clés permettraient cette cohabitation :

-Les adultes et les jeunes de cette espèce de serpent, ainsi que leurs œufs, semblent porter une sorte de camouflage chimique, ou du moins, aucune odeur ne semble être dégagée. Ce qui permet d’éviter d’engager une agression de la part des fourmis. Bien que plus d’études seraient nécessaires pour en comprendre le fonctionnement, ces adaptations de camouflage ont été déjà suggérées sur d’autres serpents se nourrissant de fourmis.-Une fois déposés par le serpent, les œufs vont se retrouver rapidement ensevelis, et donc camouflés, par les apports de matière organique pour le champignon, et le mycélium s’y développe jusqu’à se retrouver sur la carapace des œufs.-La colonie de fourmis est férocement défendue contre tout intrus (ou presque apparemment !) ce qui permet aux œufs d’obtenir une protection par les insectes tout au long de leur phase d’incubation.

Une relation de Commensalisme plutôt que de Symbiose Pour le serpent, le succès d’éclosion est maximisé : les œufs sont à l’abri des variations climatiques et des prédateurs. De plus, le nettoyage sanitaire permanent que les fourmis appliquent à leur champignon protège indirectement les œufs des pathogènes.Cependant, les fourmis ne semblent pas tirer profit de cet événement, l’impact sur la colonie semble rester neutre. La présence physique des œufs ne nuit pas à la productivité globale du champignon, et les jeunes serpents quittent les galeries immédiatement après leur éclosion, sans agresser leur hôtes. Comme toutes relations d’association, plus d’études sont nécessaires pour confirmer ces hypothèses ou ajouter de nouveaux éléments qui pourraient peut-être un jour faire basculer cette relation dans du mutualisme, de la symbiose, où les fourmis tireraient aussi peut-être un bénéfice de cet présence ?

Sources :

Baer, B., Boer, S. P., Kronauer, D. J., Nash, D. R., and Boomsma, J. J. (2009). Fungus gardens of the leafcutter ant Atta colombica function as egg nurseries for the snake Leptodeira annulata. Insectes Sociaux, 56: 289-291.

Une photo d’un individu malheureusement victime des collisions routières comme de (trop) nombreux animaux en Guyane.

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