Recit d’une rencontre exceptionnelle avec une des majestés des forêts guyanaises :


L’aigle tyran, en poste d’affût, aux premières lueurs du jour.

Levé avant le soleil, je déambulais, les paupières encore lourdes, longeant discrètement la lisière d’une forêt kouroucienne.
Les premières conures cuivrées au vol bruyant me tenant éveillé, je marchais d’un pas lent, surveillant le ciel menaçant qui nous rafraîchit de ses pluies soudaines depuis plusieurs jours.

La brume était encore présente au-dessus de la canopée, les premiers rayons de soleil tentaient timidement de percer les cumulus qui choisissaient plutôt de s’épaissir.

La visibilité n’était pas très bonne, quelques tyrans quiquivi étaient déjà en activité, les merles leucomele recherchaient les invertébrés qui sortent du sol aux premières averses, le piaye ecureuil se laissait apercevoir une seconde entre le feuillage dense et les cassiques cul jaune qui, eux, ne se cachent pas, traversaient les milieux ouverts avant de rejoindre leurs nids suspendus.

Un grand chevalier et un onoré rayé immature passaient déjà le plan d’eau au peigne fin.
Puis, poursuivant mon chemin, mes yeux s’écarquillent soudain à la vue de cette énorme tâche sombre au sommet de l’arbre le plus haut…une silhouette de rapace et des plumes hérissées sur la tête telle une crête…ça ne peut être que l’aigle Tyran !

Un superbe prédateur de la forêt, qui va m’offrir une heure en sa compagnie, depuis cet arbre qu’il utilise comme perchoir.
En effet, il repére ainsi ses proies avant de fondre sur elles au sol, sur un arbre ou en les poursuivant dans les airs.

Il m’avait très certainement vu arriver bien avant que je ne le vois, mais il me tolèra 25 mètres plus bas.
J’installe mon affût et les premières lueurs du soleil décident d’accompagner cet instant de grâce.

A chaque retentissement des cris des ortalides motmot je le voyais se dresser subitement dans la direction des cris.
Ce rapace est capable de s’attaquer à des oiseaux aussi gros que des penelopes, ortalides, toucans et même les magnifiques aras.

Un quart d’heure plus tard, je retins mon souffle quand j’aperçus un Araçari vert en plein vol en direction de l’aigle…je m’imaginai déjà la scène meurtrière…mais rien ne se produisit, il détourna sa trajectoire et le prédateur ne broncha pas.

Quelques minutes plus tard. je crus pouvoir enfin assister à une scène unique de prédation …

Un craquement suivi d’un énorme bruit sourd me fit sursauter depuis mon propre affût, un arbre venait de s’écraser au sol.
S’en suivirent de nombreux cris d’alerte qui me paraissaient familiers…une troupe de saïmiri était en fuite, ou simplement en déplacement rapide suite à cet épisode, et les voilà qui sautent de branches en branches en longeant la lisière et donc en direction de notre grand rapace…

Une fois encore, bien que l’aigle, alerte, les surveillait, il ne se passa rien de plus.

Ses énormes serres acérées lui confèrent en effet la possibilité de jeter son dévolu sur des singes et marsupiaux avec une grande agilité et puissance.

Avait-il déjà mangé ? Était-il d’abord dans l’obligation d’entretenir son plumage avant une nouvelle chasse à en croire ses longues minutes de lissage de plumes? N’y avait-il pas suffisamment d’éléments favorables à une pourchasse réussie ?

La forêt grouillante de vies témoigne aussi de scènes très pacifiques !

Quoi qu’il en soit, la rencontre de cet aigle pas si courant, en elle-même, était déjà exceptionnelle !

Spizaetus tyrannus- Kourou- Guyane Française – France – Decembre 2021

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